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Parmi les supporteurs de l’idée comme quoi l’épidémie de COVID-19 est terminée, que les cas sont sporadiques et que les mesures barrière sont juste là pour ennuyer les français, Jean François Toussaint est une figure de proue.

Comparé à ses acolytes, il a de grands avantages. En effet, par rapport à Christian Perronne et Laurent Toubiana, il semble plus posé, plus compétent, semble bien dominer son sujet. Il a une posture inébranlable qui lui donne une grande crédibilité.

Pourtant, si on prend la peine de bien suivre les évolutions et de vérifier tout ce qu’il dit, on se rend vite compte qu’il n’hésite pas à faire force omissions, manipulations, et parfois même mensonges.

Cet article est un florilège de ses plus belles performances dans ce domaine.

 

Manipulation n°1 :

Commençons tout d’abord par cette interview du 21/09/2020 sur Cnews :

https://www.dailymotion.com/video/x7wcgj7

 

A 1:13, il dit « les hospitalisations ont diminué la semaine dernière » (soit la semaine du 14 au 20 septembre) « de 5 450 à 5 325 ». Il ne dit pas quels jours sont concernés par ces deux chiffres. Nous allons donc les vérifier. Les valeurs qui se rapprochent le plus sont 5 454 personnes hospitalisation le 14/09/2020 et 5 326 le 20/09/2020. Chiffres à peu de choses près validés, donc.

Plus tard, il dit à 3:12 « si on regarde le nombre d’entrant à l’hôpital la semaine dernière, il a augmenté par rapport au mois d’août, on était à 600 nouvelles hospitalisation chaque jour la semaine précédente, alors qu’au mois d’août on était à 100 […] on ne comprend plus tout à fait pourquoi le nombre d’entrant augmente alors que le nombre total de malades diminue sur le territoire français. L’explication c’est qu’il y a plus de sortants que d’entrants, donc les soins qui sont proposés aux hospitalisés sont nettement moins lourds que ceux proposés au printemps. »

Qu’en est-il en réalité ? Voyons les deux courbes qui nous intéressent : la courbes des entrées en hospitalisation (en moyenne glissante sur 7 jours) et la courbe du nombre d’hospitalisés.

Les manipulations de Jean-François Toussaint
Les manipulations de Jean-François Toussaint

On constate que les entrées en hospitalisation en moyenne glissante ont atteint un point haut le 31/03/2020 avec 3 578 nouveaux entrants, puis ont redescendu ensuite pour atteindre un point bas le 11/07/2020 à 73. Ce chiffre est ensuite remonté pour atteindre un nouveau point haut de 608 le 21/09/2020, et il diminue depuis légèrement (nous en sommes à 580 le 29/09/2020).

Concernant les personnes en hospitalisation, il y a eu un point haut le 14/04/2020 avec 31 971 personnes en hospitalisation. Ça a redescendu ensuite pour atteindre un point bas le 4 492 le 29 août, puis ça a remonté jusqu’à 5798 le 17 septembre, pour ensuite connaître une décrue totalement ponctuelle jusqu’au 20 septembre avec 5326 cas (donc sur trois jours !!) pour remonter ensuite sans discontinuer jusqu’à 6 697 le 02/10/2020.

En août, presque comme le dit Jean-François Toussaint, le nombre d’entrant a bel et bien dépassé 100, puisqu’on était déjà à 110 le 01/08/2020 et dans une phase montante.

Que constate-t-on ? Que le nombre de personnes en hospitalisation n’a en fait quasiment pas cessé de monter depuis fin août, et que l’épisode auquel se référait Jean-François Toussaint était totalement ponctuel. Il est clair qu’il n’a pas hésité à s’y raccrocher !! Et il a fait un beau péché par omission, vu que lorsqu’on regarde les tendances sur plusieurs semaines, le nombre de personnes hospitalisées COVID a bel et bien augmenté quelques semaines après l’augmentation des entrées en hospitalisation, et ça s’est vérifié par la suite. Par conséquent, les sorties d'hôpital sont inférieures aux entrées, et pas l'inverse.

Jean-François Toussaint a fait ici deux manipulations : se raccrocher à une fluctuation et omettre de donner la tendance globale sur des temps caractéristiques plus pertinents. La manipulation est d’ailleurs grossière quand on y pense : il fait une analyse en mettant face à face une augmentation des entrées en hospitalisation sur 7 semaines par rapport à une diminution du nombre de personnes en hospitalisation sur… 3 jours. A n’importe quel oral de n’importe quelle épreuve scientifique d’un premier cycle universitaire, ça vaudrait une note largement en dessous de la moyenne. JF Toussaint est quand même docteur en science…

 

Manipulation n°2 :

Maintenant, passons à une autre interview, toujours sur Cnews le 25/09/2020. Mais auparavant, revenons sur la précédente entrevue. En effet, Jean-François Toussaint signale à 2:04 que le 18/09/2020, sur les 123 décès annoncés, il y en avait 76 qui étaient des reports d'un établissement hospitalier des mois d'avant, ce sur quoi il avait tout à fait raison. Il y avait donc en réalité 47 décès directement associés à la journée du 18/09/2020.

Sur cette interview sur LCI le 25/09/2020, il répète cela à 2:43, donc toujours pas de souci :

https://www.dailymotion.com/video/x7wmox4

Or, à 3:16 de cette interview, il dit qu'il y avait 123 décès vendredi (18/09/2020), 78 mardi (22/09/2020) et 43 jeudi (24/09/2020). Dans les faits, le chiffre du 22/09/2020 était de 68 et le chiffre du 24/09/2020 était de 53. Il s’était donc trompé sur ces deux derniers chiffres mais à la limite ça ne change pas grand-chose car il voulait signifier qu’il y avait une baisse des chiffres.

Le gros problème, c’est qu’il utilise ce chiffre de vendredi dont il a dit lui-même qu’il était faux pour pouvoir dire « ça a baissé depuis vendredi ». C’est donc une manipulation grossière qui ne l’honore pas.

Et surtout, JF Toussaint doit normalement parfaitement être au courant que pour éviter de se tromper en regardant l'évolution de chiffres fluctuants, on doit les regarder en moyenne glissante pour pouvoir lisser ces mêmes fluctuations. Dans un précédent article, on a vu qu’il fallait examiner les chiffres en moyenne glissante sur 7 jours.

Or qu’est-ce que ça donne ? Ceci (je précise que la correction du chiffre brut du 18/09/2020 a été apportée) :

Les manipulations de Jean-François Toussaint
Les manipulations de Jean-François Toussaint

Donc en réalité, contrairement à ce qu’il dit, lorsqu’on regarde le bon indicateur (évolution des décès quotidiens en moyenne glissante sur 7 jours), le nombre de morts augmente bel et bien à ce moment-là.

 

 

Manipulation n°3 :

Toujours sur la dernière interview.

A 5:59, il dit qu'en août, les masques en extérieur ont été imposés à l'ensemble des milieux extérieurs alors qu'on était à 1 300 cas positifs par jour, et que du coup ça a abouti deux mois après à 13 000 cas positifs par jour.

Etudions cela :

[Aparté : je ne défends pas le port du masque en extérieur, je décortique ici une manipulation]

- Il dit « deux mois après », ce qui voudrait dire que cette imposition à l'ensemble des milieux extérieurs aurait été imposée début août. Or, non seulement il n'a pas été imposé à l'ensemble des milieux extérieurs, mais à 13 200 communes de 88 départements (en gros les milieux citadins les plus denses), mais en plus ça a été décidé fin août, le 27 à Paris par exemple. Auparavant, c'était dans des zones définies dans les grandes villes.

- Il dit « 1 300 cas par jour à l'époque ». Quand était-ce ? Voyons voir sur les courbes en moyenne glissante sur 7 jours sur les testés positifs : nous étions à 1 270 cas le 16 juillet (1 315 le lendemain), donc pas en août. 1er août on était à 2 757 cas/jour et 31 août à 13 946 cas/jour en moyenne glissante. Comme JF Toussaint adore faire du cherry picking, cherchons : on peut voir qu'il y a eu le 16 août 1 376 cas positifs (chiffre brut, pas en moyenne glissante, c'est ici la seule valeur qui s'en rapproche). On voit déjà donc une grosse manipulation. Voir le graphe de l'évolution des cas positifs en moyenne glissante :

Les manipulations de Jean-François Toussaint

- Lorsque la décision d'étendre les masques a été imposée dans la plupart des communes, c'était donc environ 11 jours après. Or, à combien étaient les testés positifs en moyenne glissante sur 7 jours le 27 août ? Réponse : 11 299, contre 6 679 le 16 août (en moyenne glissante, donc ce n'est pas le même chiffre que le chiffre brut, qui ne veut rien dire pour regarder proprement une évolution...) soit une augmentation quotidienne moyenne de 4,9% par jour sur cette période.

- Si ce qu'il dit se rapproche de la vérité, le port du masque aurait donc dû accélérer la propagation du virus en augmentant l'augmentation quotidienne les jours suivants. Qu'en a-t-il été ? Sur une période de même durée, soit 11 jours, on est passé de 11 299 cas/jour le 27 août à 17 771 cas/jour le 7 septembre, soit une augmentation quotidienne moyenne de 4,2%, donc moins qu'avant.

- On peut même regarder après, entre le 27 août et le 19 septembre (dernières données en moyenne glissante avant son interview), ça donne 20 180 cas/jour le 19, soit une augmentation quotidienne moyenne de 2,6% par jour. Il y a donc confirmation que le port du masque n’a absolument pas accéléré le virus.

 

JF Toussaint fait donc ici une triple manipulation : baisser le nombre représentatif de positifs en août pour donner l’impression que « ça a beaucoup monté depuis » (avec un valeur plus basse avant ça remonte mécaniquement plus), faire croire que ce chiffre correspond à une réalité de fin août pour donner l'impression que la remontée a été plus forte (puisque sur un temps plus court), et faire croire que le port du masque étendu aurait accéléré la propagation du virus (en donnant deux chiffres isolés sans donner des informations sur la dynamique autour).

Au passage, il est assez cocasse de voir qu'il accorde dans cette interview du crédit aux tests pour faire ses « démonstrations », alors qu’il ne cesse de les fustiger tout au long de ses interviews (parfois à bon escient)... Il donne donc du crédit aux informations lorsque cela l’arrange, et les dénigre lorsque ça l’arrange.

 

 

Manipulation n°4 :

Lors de ce congrès de Futurapolis mis en ligne le 10 octobre 2020, parrainé par le journal Le Point, Jean François Toussaint est intervenu pendant une demi heure au sujet de l’épidémie de COVID-19.

https://www.youtube.com/watch?v=rNx49oIadug

Pendant 20 minutes, il retrace l’évolution passée et s’intéresse aux différents facteurs influençant la propagation de l’épidémie.

Ça se corse à partir de à 19:20. Il résume sur un schéma les différents facteurs d’influence, et « démontre » que le confinement n’a eu aucun effet. Comment s’y prend-t-il ? Il regarde la corrélation entre la mortalité constatée dans chaque pays avec tous ces facteurs, y compris le degré de confinement. La démonstration semble irréfutable. Pourtant, il faut une nouvelle fois creuser pour trouver l’entourloupe. Quels sont ces facteurs ? ce sont :

  • L’espérance de vie
  • Le PIB/habitant
  • La progression de l’espérance de vie
  • La sédentarité
  • L’obésité
  • L’humidité
  • La température
  • L’indice UV
  • Le taux de maladies infectieuses (qui « entraîne l’immunité »)
  • Le degré de confinement

Or, que voit on dans cette liste ? Que la plupart des facteurs sont structurel à chaque pays et représentent un état de fait, soit de par la localisation géographique (humidité, température, indice UV, et dans une moindre mesure taux de maladies infectieuses) ou par le degré de développement (PIB/hab, et du coup par conséquence espérance de vie, progression d’espérance de vie, sédentarité, obésité). Il en reste un : le degré de confinement. Or, ce facteur est le seul représentant une « réaction » du pays à l’arrivée de l’épidémie, qu’elle soit étatique ou qu’elle soit du fait de la population elle-même. Pire, il est le seul représentant un « degré de brassage dynamique de population », facteur éminemment influent, puisque le virus se transmet d’humain à humain, et que moins les humains se croisent, et moins le virus se propage……. Et moins il tue.

Jean-François Toussaint omet donc ici des facteurs pourtant archi-essentiels dans l’épidémie : la densité, la densité dans les grandes agglomérations, les facteurs culturels influençant le nombre de personnes croisées dans la journée (si une population a une tendance à vivre isolé en famille, ils vont croiser peu de personnes, alors que si une population a tendance à faire la fête avec beaucoup de personnes dans des endroits serrés, ils vont croiser beaucoup de monde, et donc contaminer plus), la tendance naturelle à porter un masque (cas de pas mal de pays asiatiques).

Que s’est il passé en mars avril ? Des pays qui ont effectivement vu l’épidémie progresser à une vitesse folle ont eu besoin d’avoir recours au confinement, alors que d’autres pays ont vu l’épidémie progresser moins vite, et ont donc soit moins confiné (confinement locaux, fermetures de certains lieux plutôt que confinement généralisé, recommandations à la population dans le cas où la population est suffisamment disciplinée pour ne pas avoir besoin de mesures coercitives…). En gros, moins les autres facteurs de « réaction à l’épidémie » et/ou le facteur de densité de population ont fonctionné, plus il a fallu avoir recours au confinement pour compenser.

Ce que fait Jean-François Toussaint, c’est d’omettre volontairement des variables se substituant plus ou moins complètement au confinement pour pouvoir dire « oh regardez, quel que soit le degré de confinement, ça n’a pas d’influence sur le résultat ! ».

Pour faire une analogie, imaginons l’expérience suivante :

  • On a 5 bassines.
  • Chacune de ces bassines est remplie à partir d’un moment avec le même débit.
  • Chaque bassine est dotée de 5 robinets de couleurs jaune, rouge, verte, bleue et mauve.
  • Devant chaque bassine, il y a un opérateur ayant pour consigne que la bassine ne soit pas remplie au-delà de la moitié de sa jauge, et charge à lui d’ouvrir n’importe quel robinet de son choix.
  • Chaque opérateur réussit sa tâche en ouvrant le robinet au bon moment, mais ils ont ouvert des robinets différents :
  • Le premier ouvre le robinet jaune.
  • Le deuxième ouvre le robinet rouge.
  • Le troisième ouvre le robinet vert.
  • Le quatrième ouvre le robinet bleu.
  • Le cinquième ouvre le robinet mauve.

Puis un grand scientifique, Jean-Michel Pâques, décide de regarder l’influence du facteur « ouverture du robinet vert » sur le résultat « la bassine n’a pas débordé ».

Il fait un beau tableau avec sur la première ligne la réponse « Oui / Non » à la question « la bassine a-t-elle débordé ? » et sur la deuxième ligne la réponse « a-t-on ouvert le robinet vert ? ». Ca donne ça :

 

Bassine 1

Bassine 2

Bassine 3

Bassine 4

Bassine 5

La bassine a-t-elle débordé ?

Non

Non

Non

Non

Non

A-t-on ouvert le robinet vert ?

Non

Non

Oui

Non

Non

 

Que constate-t-on ? Et ben oui, Jean-Michel Pâques a raison !! Ouvrir le robinet vert ça sert à rien, qu’on l’ouvre ou pas ça revient au même !!!!!

J’ose espérer que chacun comprend l’inanité de ce raisonnement…

Ce que fait Jean-François Toussaint avec le confinement en omettant les facteurs de densité, de culture, de port du masque, de discipline ou de toute autre mesure influençant le nombre de personnes croisées par un individu de la population ou sa probabilité de transmettre le virus, c’est ce que fait Jean-Michel Pâques avec le robinet vert en omettant les robinets jeune, rouge, bleu et mauve.

Comme c’est dit avec une voix rassurante et avec des beaux graphes qui ont l’air très élaborés, ça passe, mais derrière ça vaut un zéro pointé à n’importe quelle épreuve d’analyse scientifique de n’importe quel premier cycle universitaire…

 

Manipulation n°5 (et autres florilèges) :

 

Cette intervention mentionnée précédemment regorge d’inexactitudes et de manipulations, comme le fait de dire à 22:41 qu’il n’y a pas de relation entre confinement et mortalité car on aurait pas coupé la transmission essentielle du virus qui serait les voyages internationaux, alors que c’est faux, puisque pendant les confinement de mars avril en Europe, les aéroports avaient été massivement fermés.

Comme le fait de dire aussi à 23:36 qu’on nous raconte n’importe quoi parce que la remontée actuelle ne serait pas celle de mars avril « contrairement à ce qu’on nous dit », alors que personne, que ce soit au niveau gouvernemental ou médical, n’a jamais dit que c’était une vague de même ampleur (pour l’instant) et de même vitesse de montée. C’est ce qu’on appelle un argument de « l’homme de paille » : faire dire à l’autre ce qu’il n’a pas dit pour le réfuter.

Comme le fait de dire à 26:25 qu’on est pas à la saturation des lits de réa…… comme s’il fallait attendre d’y être pour réagir…

Comme le fait de faire dire à Jean François Delfraissy (président du conseil scientifique) à 27:58 des choses qu’il n’a pas dites, en l’occurrence qu’il n’y aurait que 4,5% des personnes infectées en France par le virus. Or ce chiffre n’a pas été dit par JF Delfraissy, c’est le journal Le Parisien qui l'a interrogé sur le taux de 4,5% de personnes infectées en mai donné par l'INSERM (ce sur quoi il a répondu que ça ne le surprenait pas). C’était donc un chiffre de mai et JF Delfraissy a répondu sur ce chiffre de mai, il n’a pas prétexté que ce chiffre était celui d’aujourd’hui.

 

Mais le pompon arrive à 28:06. Il nous explique qu’un million de personnes ont été testée la semaine d’avant, dont 10% de positifs. Il nous dit alors qu’il y aura 14 millions de personnes qui se positiveront d’ici mi-novembre, entre 25 et 30 millions de personnes d’ici la fin de l’année, et donc qu’on arrivera vite à l’immunité collective. Tonnerre d’applaudissements, le peuple a entendu l’oracle dire que tout allait bien...

Sauf que parfois il faut savoir s’arrêter sur ce que dit l’oracle, et réfléchir dessus (je sais je suis chiant, je ne laisse pas se propager les bonnes nouvelles, mais foutez-moi au bûcher bon sang, ainsi les bonnes choses arriveront !!!).

10% de positifs sur un million de tests, ça fait donc 100 000 personnes positives, donc d'ici mi-novembre, comme il y a 5 semaines depuis le 10 octobre (date de mise en ligne de la conférence, qui s’était déroulée a priori quelques jours avant), ça ferait 5 x 100 000 = 500 000 personnes. Bigre, ça ne fait pas 14 000 000 tout ça. Que voulait-il donc dire ? Qu’en fait il fallait plutôt considérer les 10% de positifs comme représentatifs de la positivité de la population française ? OK, qu’est-ce que ça donne ? 10% de 67 millions, ça fait 6 700 000 positifs, donc 6 700 000 x 5 = 33 500 000. Caramba, encore raté !

En réalité on ne sait absolument pas d’où sort son calcul magique, et du coup on ne peut pas vraiment en dire plus vu que JF Toussaint a le chic de ne pas étayer son calcul pour ne pas avoir à le justifier ensuite. Mais dans tous les cas, ces tests ne peuvent pas être représentatifs de quoi que ce soit au niveau de la population, puisqu’ils sont plutôt ciblés dans les grandes agglomérations où le virus se propage. De plus, il est cocasse que voir JF Toussaint d’un seul coup se mettre à s’appuyer sur les tests, dont il ne cesse de dire qu’ils ne valent rien et qu’ils ne montrent que des « gens qui ont croisé le virus un jour » (donc selon ses dires cela pourrait être des gens qui l’ont croisé longtemps auparavant, donc le chiffre à l’instant t ne serait pas représentatif des contaminés à l’instant t).

Bref, il a eu ses applaudissements, tant mieux pour lui…

 

Il finit par un gros contresens à 28:10 : Il préconise de continuer au rythme de contamination actuel pour atteindre cette immunité collective (donc avec ces ~100 000 positifs) et il s’en sert de justification pour dire qu’il faut du coup…enlever le masque pour laisser filer.

Or, si on veut garder le rythme de contaminations, cela veut dire que le nombre de contaminé d’une semaine à l’autre soit le même, et donc que le taux de reproduction soit égal à 1. Or, ce jour là, le taux de reproduction était autour de 1.35, voir la carte des indicateurs sur cette page qui résume les données de l’épidémie :

https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/carte-et-donnees

Sans même regarder les données gouvernementales (sinon je serai traité de mouton macroniste), on ne peut de toutes façon que constater que les entrées en réanimation n'ont cessé d'augmenter depuis mi-juillet, signe qu'en amont le R est supérieur à 1.

Donc pour avoir un R à 1, il faut le diminuer, et donc renforcer les mesures barrière, pas les relâcher en enlevant le masque par exemple. Par conséquent, son affirmation « il faut laisser le rythme de contaminations actuel […] et donc enlever le masque » (ce n’est pas textuellement ce qu’il dit mais on a très bien compris vu qu’il appelle à « poser la question du port du masque ») est un énorme contresens. Pour garder le rythme actuel, il faut non seulement garder le masque mais en plus renforcer les mesures barrière. 

 

Conclusion :

Il faut toujours avoir un esprit critique envers les personnes convaincantes et séduisantes par leur posture. Non pas qu’ils soient systématiquement manipulateurs, loin de là, mais parce que ce sont des personnes qui ont par ce qu’ils dégagent des armes très fortes pour convaincre leur auditoire. Il faut donc dans ce cas redoubler de vigilance. Mais là nous abordons un sujet qui dépasse l’épidémiologie…

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