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La prison moderne : prospective

« Ouvrez une école et vous fermerez des prisons ». Les mots attribués à Victor Hugo résonnent jusqu’à aujourd’hui au fond de nous, et dictent la politique de prévention et d’appréhension du fait délinquant depuis des décennies, et ce même lorsqu’un gouvernement aux accents plus martiaux accède au pouvoir (on retiendra le quinquennat de Sarkozy où la politique de réduction de peines fût largement enclenchée).

La différence se situe donc plus au niveau des mots, pas au niveau des actes du pouvoir. Ces intentions pourraient se résumer de manière très grossière (et j’en suis conscient) en deux « blocs » de pensée assez distincts :

La pensée « de droite », clamant que pour la sécurité des citoyens, la meilleure réponse est de mettre les délinquants en prison.

La pensée « de gauche », clamant elle que la prison n’est qu’une autre école de la délinquance, et devient donc un rouage essentiel des chemins de vie amenant de jeunes gens (ou moins jeunes) à commettre des actes répréhensibles et portant atteinte au droit des citoyens à vivre paisiblement.

Sans vouloir tomber dans le macronisme le plus béat, ces deux constats ont leur part de vérité et ne sont en réalité pas antinomiques. J’ai le souvenir marquant d’une conférence du père Jean-Marie Petitclerc, prêtre s’occupant de voyous des quartiers, ayant rappelé que lorsqu’on punit le premier délit vers un âge de 12-13 ans, la récidive est peu probable. Il affirmait par contre qu’à l’âge de 20 ans, c’est déjà trop tard, et l’esprit est trop formé à l’action néfaste, centrée sur sa petite personne et incapable d’appréhender l’autre comme un être ayant droit à l’intégrité et au respect.

Bref, le constat est clair : il faut punir, absolument et le plus tôt possible, mais au bout d’un moment le sujet est quasi irrécupérable et s’enclenche un cycle prison/sortie/prison/sortie/… infernal qui ne se termine qu’à un âge situé entre trente et quarante ans, lorsque la testostérone retombe et que la fatigue physique et mentale fait prendre conscience qu’on perd son temps et sa vie. Lorsque les fins ne sont pas tragiques (mort ou blessure au cours d’innombrables guerres de gang, ou accidents liés à des braquages qui finissent mal ou des fuites qui terminent avec une voiture dans un poteau…), elles ont néanmoins une odeur fade : les délinquants se « rangent », et finissent dans la plupart des cas à occuper des petits boulots subalternes, sans avoir pu mettre d’argent de côté ni avoir cotisé, et on finit sa vie comme un moins que rien…

Ces dernières années ont aussi montré au travers de biographies de terroristes ayant frappé sur notre sol une histoire trop banale : des délinquants de droit commun qui se radicalisent en prison dans le djihadisme auprès d’autres détenus. Cette idéologie leur offre un cadre auquel ils n’ont pas eu droit dans leur enfance, mais leur permettant quand même d’assouvir la violence qui est en eux, qui plus est avec la promesse de devenir l’élu de Dieu, rien que ça !!! Ce dernier aspect n’est pas à minimiser, car malgré leur sentiment d’impunité et de toute puissance, ces jeunes gens ont souvent vécu une vie où ils se sentaient rabaissés et moins que rien. L’échec scolaire en est souvent le meilleur indicateur.

Au final, la case prison peut non seulement ne pas redresser le récalcitrant, mais l’amener vers des chemins plus violents encore, amenant jusqu’à la mort, d’eux-mêmes et d’autres personnes.

En regardant froidement la situation, on pourrait dire qu’il y a une solution très simple : condamner à des peines de prison extrêmement longues. Au fond c’est froidement vrai : même un délinquant ayant acquis les pulsions meurtrières les plus extrêmes ne représente aucun risque pour la société tant qu’il est en prison…

C’est une possibilité, mais qui nécessiterait des coûts importants et des déracinements de familles, susceptibles à leur tour d’alimenter des rancœurs, elles-mêmes susceptibles d’alimenter un nouveau cycle de délinquance.

Avant d’aller plus loin vers une solution pouvant éventuellement convenir, il est nécessaire de faire un petit détour vers une question essentielle que nous n’avons pas encore posée : quel est le profil type du délinquant ? On peut déjà noter une prédominance masculine très forte : 95% des détenus sont des hommes. Mais ce n’est pas tout. J’avais noté une chose tout à fait remarquable en examinant les biographies de terroristes ces dernières années. Un invariant apparaissait de manière inéluctable : un père absent, car mort, ou parti, ou travaillant de nuit ou sur des chantiers loin, et une mère seule pour élever sa progéniture avec la quasi-incapacité de fixer des limites claires et de sortir du tout fusionnel. Cette idée est très combattue en ces temps de post-féminisme acharné, mais le rôle du père dans le devenir d’un enfant revêt une importance capitale et très souvent difficilement remplaçable (au même titre que la mère est irremplaçable d'ailleurs). Son rôle premier reste celui de sortir l’enfant de la fusion avec sa mère, de le sortir du cocon et de lui faire prendre conscience que le monde autour de lui n’est pas à ses pieds, qu’un beau jour il devra affronter la vie et sa dureté, loin de la chaleur maternelle. Sans ce passage obligé, l’enfant est amené à être éternellement frustré, dans l’incapacité de comprendre pourquoi il ne peut pas obtenir ce qu’il veut. La testostérone fait le reste…

Il existe bien entendu, et c’est heureux, de nombreux exemples de personnes n’étant pas tombées dans la délinquance et le banditisme après avoir perdu leur père très tôt. Souvent la mère parvient à endosser le rôle paternel, celui qui arrête cette fusion (ce qui est quand même rendu plus compliqué quand on est soi même un des sujets de cette fusion), celui qui donne les limites et qui sort l’enfant de son cocon (on observe d'ailleurs un vrai partage de ce type de tâche dans la plupart des foyers, mais le père revêt souvent cette fonction symbolique). Parfois d’autres membres de la famille le font, parfois ce sont des rencontres au gré de la vie : profs, entraîneurs de sport, etc… Ce n’est ni ma compétence ni mon souhait d’approfondir plus les causes de la délinquance, vous trouverez des explications bien plus fournies dans d’excellents ouvrages tels que « Sans père et sans parole » de Didier Dumas, ou encore tous les livres écrits par Jean-Marie Petitclerc susmentionné, qui portent sur l’autorité, la violence et l’éducation.

Pour revenir à nos moutons, qu’observe-t-on ? Un manque criant d’encadrement et de repères, n’inculquant pas à ces personnes des limites leur permettant d’évoluer en harmonie avec la société environnante. Ceci n’est en rien arrangé avec la culture de l’excuse, alimentée par une accusation permanente de « la société », dont on ne sait plus trop qui elle désigne : l’Etat ? Les citoyens ? Ou alors l’éternel coupable tout désigné par les culturals studies américaines en la personne de l’homme blanc ? Laissons un peu ces délires de côté et penchons-nous sur les solutions.

Deux constats donc : les peines sont à la fois trop faibles pour fixer clairement des limites aux délinquants qui se complaisent dans l’impunité qui leur est servie, et aussi suffisamment longues pour compléter leur « formation » à la délinquance ou leur faire passer un master de djihadisme (interactions avec des gens peu recommandables qui les gardent dans leur ambiance de violence, et au-delà de ça, tout le temps de ruminer sa haine de la société, ce qui accentue encore plus leur frustration). Comment réduire cette équation insoluble ? Je pense qu’il ne faut pas perdre de vue que chacun de nous est maître de ses actes, et que la volonté de « changer » quelqu’un a ses limites tout à fait naturelles. Nous ne sommes pas dans le cerveau de l’autre, et nous ne dirigeons pas sa volonté. Le chef d’œuvre « Orange mécanique » illustrait parfaitement cela, en montrant un individu drogué à la violence que l’on parvenait à rendre inoffensif non pas en lui inculquant de bonnes valeurs, mais en conditionnant son cerveau et son corps à avoir des nausées dès que ses pulsions violentes lui venaient. Sur un autre domaine, quel parent n’a pas fait le constat agaçant qu’il peut pendant des années presser son enfant à bien travailler à l’école, celui-ci ne s’y met que lorsqu’il l’a lui-même décidé !

Orange mécanique - Le "traitement"

Orange mécanique - Le "traitement"

Le maître mot de la tentative de réponse que je présente est le CHOIX. L’individu est au fond profondément libre, et tous ses choix ont des conséquences. Seulement, certains n’ont pas la capacité ni la volonté d’assumer ces conséquences. La réponse pénale de demain ne serait donc pas basée seulement sur le fait de « payer » sa dette à la société, mais d’enclencher véritablement une école de vie adaptée à des individus n’ayant pas eu l’occasion de suivre une telle formation. Bien entendu, la réponse à un gamin de 12 ans n’est pas la même qu’à un adulte de 20-30 ans.

Concernant les jeunes mineurs, et en assumant de paraphraser Jean-Marie Petitclerc, un isolement d’un pré-adolescent (donc pas complètement « formé ») pendant une dizaine de jours, avec l’opportunité pour lui de réfléchir à ses actes, parfois accompagné d’un tuteur qui l’accompagne dans sa réflexion, permet d’éviter la récidive quasiment à tous les coups. Il ne s’agirait donc pas d’un « prison » à proprement parler, mais d’un lieu d’isolement complètement adapté aux enfants, où ils n’auraient pas d’interactions avec les autres pré-délinquants de leur âge (dans des moments de vie où ce qui importe c’est de savoir « qui a la plus grosse », et donc qui peut s’enorgueillir d’avoir fait la plus grosse bêtise). J’aurais presque envie de dire que cette population est la plus facile à « traiter », sachant que les blocages seraient sûrement plus culturels dans un pays qui s’interdit depuis l’immédiat après-guerre à enfermer les enfants. Pourtant cet enfermement, version ++ du « au coin » de nos 8 ans, leur serait salutaire et leur éviterait bien des désagréments. Le maître mot à cet âge est la fermeté doublée de la bienveillance.

Mais les adultes alors ? La problématique est bien plus compliquée, car leur personnalité est « formée », et même en passant à une version +++ de « au coin », on ne risque pas d’avoir un gros impact. Qui n’a pas entendu un adulte dire « j’ai passé l’âge de me faire gronder/punir » ?

C’est là que l’on doit les traiter en adultes, c’est-à-dire des personnes étant pleinement en capacité de faire des choix et de les assumer. La solution qui a germé dans mon esprit ces dernières années est celle de la « prison à points ».

Quel est le concept ? Il part d’un principe somme toute assez simple : des peines de prison très longues… mais avec la possibilité dans cette même prison d’avoir une remise de peine importante en fonction de ce qu’on y fait et de ce qu’on accomplit. Oublions tout de suite les « remises de peine pour bon comportement », de véritables cache-sexes de remises de peines pour cause de manque de cellules. Il faut plutôt repenser complètement la fonction de juge d’application des peines, qui serait une sorte de grand compilateur de divers aspects à observer chez la personne incarcérée.

De quoi manquent ces individus la plupart du temps ? D’encadrement, d’éducation, de reconnaissance, de capacité de croire en eux autrement qu’en des « Scarface » d’opérette. Il faut donc leur donner la possibilité de corriger tout cela, mais en n’oubliant pas que ce sont eux qui sont maîtres de leur destin, et que le fait de s’amender et de se corriger doit venir d’eux et d’eux-mêmes. Cela doit constituer un contrat avec l’institution étatique.

Le contrat doit être simple : « Vous avez pris XX années de prison, mais vous pouvez bénéficier de 90% de remise de peine en montrant autre chose. Si vous ne le voulez pas, c’est votre choix, mais la conséquence est que vous resterez en prison jusqu’à la fin de votre longue peine ».

J’ai identifié plusieurs « réservoirs de points » à acquérir :

1 - Le travail

2 - La formation à un métier

3 - La discipline de vie (horaires, hygiène, comportement)

4 - Le travail sur soi

5 - L’ouverture à des satisfactions de vie différentes (s’instruire, lire, faire de la musique)

Le point 1 tout d’abord. Souvent, le seul travail que savent faire ces gens, c’est dealer ou piquer le sac d’une vieille dame, un « travail » dont on ne peut pas dire qu’il rapporte beaucoup à la société dans laquelle on vit. Travailler leur permettrait à la fois de réaliser qu’ils sont capables de faire autre chose de leurs dix doigts, et aussi de contribuer à rembourser symboliquement la dette qu’ils ont : une partie des revenus qu’ils génèrent pourrait être affectée au fonctionnement de la prison, une partie pour indemniser les victimes de leurs méfaits et une autre partie à un compte personnel dont ils récupéreraient le pécule à leur sortie. En bref : travail de responsabilisation, participation à l’effort de la société pour les réinsérer au lieu de tomber dans l’assistanat pur et dur, et réalisation de soi.

Travailleurs en prison

Travailleurs en prison

Pour le point 2, dans la continuité du point 1 et sûrement fortement lié à lui, leur permettre de s’armer pour la « sortie » afin de se projeter dans l’après autrement que dans le retour à l’avant. Que demander à quelqu’un qui sait juste dealer à sa sortie de prison ? Bien entendu, il s’agira de leur donner une formation à un métier ayant des débouchés à la sortie…

Concernant le point 3, nous sommes sur un aspect très important, peut être même le plus crucial : ces individus manquent comme on l’a dit de cadre, de limites et de règles. Ils n’ont donc jamais eu à se confronter à des choses simples comme le fait de se lever le matin, se coucher le soir, ranger leurs affaires ou nettoyer leur chambre. Et surtout, ils n’ont jamais eu l’occasion de goûter à la satisfaction d’avoir une discipline de vie telle que celle-là. Le bonheur d’avoir une chambre rangée, propre et agréable, et de se dire que c’est grâce à soi. Rajoutons un côté pragmatique : souvent, dans les prisons, il y a la pratique de faire passer des objets d’une cellule à l’autre le soir venu, et gare à l’intégrité physique de celui qui ne fait pas passer l’objet ! Avec des horaires de coucher assez tôt, tout ceci n’aura plus lieu d’être, d’autant plus que le comportement serait aussi noté.

Le point 4 nécessiterait l’intervention d’un tiers les poussant à s’interroger sur eux-mêmes et à prendre conscience du mal qu’ils ont pu faire, et surtout du bien qu’ils seraient capables de faire autour d’eux. Appelons-les comme on veut : psychologues, éducateurs, accompagnants, … Ce qu’il faut surtout, c’est une figure de confiance, rassurante et droite, qui ne les fait pas encore tomber dans le monde des « pauvres petites victimes de la société », mais celui des individus maîtres d’eux et de leur destin. Pour des détenus à 95% masculin, ayant souvent manqué de père, la présence d’un homme serait plutôt recommandée, même si on n’a pas le droit de dire cela aujourd’hui (tant pis, j’aurai de mauvais commentaires…).

Enfin, le point 5 doit les ouvrir à autre chose que la réalisation purement économique. Plusieurs caïds ne se voient que comme des homo economicus ne jouissant que par la quantité de billets de banque qu’ils ont dans la poche arrière. Ils n’ont pas eu l’occasion de voir que l’accomplissement peut passer hors des stricts besoins primaires de l’homme que sont manger, boire et s’accoupler. Ils ne connaissent pas la satisfaction de créer, ne serait-ce que par l’écriture, la peinture, la musique, le théâtre ou la danse. Quelle satisfaction d’accomplir quelque chose après des mois d’effort et d’apprentissage ! Tant qu’on n’a pas connu cela, impossible de vouloir y retourner.

 

Pour illustrer ce type de dispositif, passons à un exemple pratique :

Un individu a commis un vol avec violence. La sentence tombe : 20 ans de prison !!! Oui, 20 ans, vous avez bien vu… sauf que la peine peut être réduite de 90%, et donc tomber à 2 ans.

Immédiatement, cet individu a le dilemme devant soi : s’investir à fond pendant deux ans pour pouvoir sortir, ou se contenter « d’e…… le procureur », de pourrir en prison et de rater une grande partie de sa vie. Immédiatement, on lui présente le « contrat » : il peut acquérir 100 000 points, ces points étant calculés comme suit :

P = A x B x C x D x E

- A étant la note de travail notée sur 10, calculée sur l’assiduité à sa tâche. Comme il va dans l’idéal rester deux ans en prison, il donc travailler 2 x 52 = 104 semaines, donc 520 jours (il a droit aux week-ends). Chaque jour de travail « bien accompli » lui rapportera donc 10 / 520 = 0,019 points

- B étant la note de formation à son métier notée également sur 10, calculée dans la maîtrise du métier auquel il se forme. Cela impliquera donc l’intervention d’un observateur, gardé anonyme pour l’occasion pour éviter des « pressions » extérieures le poussant à surnoter et raccourcir ainsi la peine…

- C étant la note de discipline de vie, toujours notée sur 10. Elle se décomposerait en une note sur 5 liée à la bonne tenue de sa cellule et des parties communes et une note sur 5 liée au respect des horaires. Chaque journée de « bonne tenue de cellule et des parties communes » rapporterait 5 / 730 = 0,0068 point (730 car il passerait 2 x 365 jours en prison dans l’idéal), mais une journée de mauvaise tenue en supprimerait 0,0068 ! Ainsi, pas de relâchement possible. Pareillement, chaque journée de bon respect des horaires (on ne parle pas après 22 heures, on se lève à 7 heures) rapporterait 0,0068 point et chaque mauvaise journée en supprimerait 0,0068. A cela, on rajouterait des malus de comportement : chaque mauvais comportement (bagarre, insulte au personnel, prosélytisme d’idéologie néfaste) amènerait à une pénalité équivalente à 2 mois de bon comportement, soit 0,84 point. Il faudrait donc deux mois pour rattraper le coup.

- D étant la note de travail sur soi (toujours sur 10), liée à l’assiduité et au réel investissement dans son introspection. A raison d’un rendez vous par semaine pour faire le point, chaque rendez vous qui se passe bien rapporterait 10 / 104 = 0,096 point. Là-dessus, pas de malus, car le travail sur soi doit vraiment être le résultat d’un choix profond et intime.

- Enfin, E, toujours noté sur 10, serait aussi liée à l’assiduité (surtout pas à la performance) à une activité annexe : cours de danse, de dessin, d’écriture, de fabrication de tel ou tel objet…. A raison de 3 fois par semaine, cela donnerait 0,032 point par séance assidue.

Ce système de notation a un avantage sous la forme d’un produit et non d’une somme : si l’individu décide de faire l’impasse sur une des sous notes, il a… zéro point au final. ; Cela le poussera donc à se concentrer sur tous les aspects de sa réinsertion. Impossible de tenir un discours du type « je m’en tape de la discipline de vie, j’aurais des points ailleurs et je sortirai juste un peu plus tard ».

Maintenant, comment s’appliquerait cette note ? C’est simple : on considère les 90% de la peine et on les multiplie par la note divisée par 100 000 (soit la note maximale), cela donne la réduction de peine à laquelle il a droit.

Application : au bout des deux ans espérés, il passe devant le juge d’application des peines, il a les notes suivantes :

A = 9,6 ; B = 9,8 ; C = 9,7 ; D = 9,9 ; E = 10

Il obtient alors la note P = 9,6 x 9,8 x 9,7 x 9,9 x 10 = 90 345

Sa remise de peine maximale est de 90% de 20 ans, soit 18 ans.Il a donc une remise de peine de 18 x 90 345 / 100 000 = 16,26 années, soit 16 ans, 3 mois et 4 jours.

La prison moderne : prospective

Néanmoins, cette remise de peine est évolutive et peut continuer d’augmenter. Ainsi, si 4 mois et 10 jours après il a remonté ses notes ainsi :

A = 10 ; B = 9,9 ; C = 9,9 ; D = 10 ; E = 10

Il obtient alors la note P = 10 x 9,9 x 9,9 x 10 x 10 = 98 010.

Il a donc une remise de peine de 18 x 98 010 / 100 000 = 17,64 années, soit 17 ans, 7 mois et 21 jours, soir exactement la durée de la peine maximale restante… il est donc libre ! Il aura donc passé 2 ans, 4 mois et 10 jours en prison au lieu de 20 ans, mais en étant passé par un engagement de tous les instants sur lequel il n’aura pas dû relâcher l’effort.

Situation de la peine au bout de deux ans : la libération n'est pas acquise

Situation de la peine au bout de deux ans : la libération n'est pas acquise

Situation un peu plus de 4 mois après : le prisonnier a acquis sa libération

Situation un peu plus de 4 mois après : le prisonnier a acquis sa libération

On voit donc que durant toutes les étapes de ce parcours, les choses reposent sur un savant équilibre : exigence d’engagement de la part du détenu, pas de passe-droit, et surtout, possibilité de rattraper tout le temps les choses. Au bout des deux ans espérés, les efforts étaient insuffisants, et il y avait encore potentiellement « presque 2 ans à tirer », mais un peu plus de 4 mois après, il est libre. Quelle leçon de vie ! N’est-ce pas là quelque chose de bien plus formateur et positif que de se morfondre dans une cellule pendant des mois ou des années à ressasser avec son voisin de cellule ses meilleurs « exploits » ? Et surtout, que voit-on ? C’est que la peine aura été au final assez courte, avec, et c’est ça le plus important, des risques de récidive fortement diminués, déjà par le changement d’état d’esprit dans lequel il aura été plongé, et aussi par le souvenir des efforts qu’il aura fallu accomplir pour gagner sa liberté.

Et tout cela générerait des économies : moins de récidives donc moins de peines, moins de travail pour les juges, une partie des revenus de la prison générée par les incarcérés eux-mêmes, état de la prison rendu bien meilleur par l’entretien des cellules et des parties communes par les prisonniers, donc période « d’amortissement » de la prison construite allongée.

Il va sans dire que pour le cas des quelques récalcitrants à ce système, ne voulant pas s'amender et ne faisant donc aucun effort pour se réinsérer, le résultat serait tout trouvé : ils resteraient en prison longtemps, sans donc pouvoir plus nuire à la société. Cette nouvelle configuration a donc cela d'avantageux qu'elle s'équilibre toute seule.

Ce type de réforme de la prison devrait sûrement passer par tout un tas d’obstacles pour son adoption : réforme constitutionnelle, sortie de certains traités internationaux qui considéreraient à coup sûr ce type de traitement comme « attentatoire à la condition humaine du détenu et à sa liberté de conscience » ou autre fadaises issues des cerveaux féconds de juges internationaux perchés dans leur tour d’ivoire.

Il faudrait aussi réfléchir à quel type de peine appliquer ce principe. En effet, les tueurs en série ou les violeurs d’enfants sont dans un registre différent qu’on peut difficilement « soigner » par ce genre de parcours de vie. Il faudrait sûrement aussi réfléchir à l’application en détail : mettre les brebis galeuses loin des « bon élèves » pour qu’ils ne soient pas perçus comme des « traîtres », comment assurer l’anonymat de ceux qui attribuent les notes pour éviter les pressions, combien de places de prison construire, comment adapter les prisons actuelles pour accueillir ces nouvelles « activités », etc…

Néanmoins, dans un climat d’impuissance face à une délinquance dont on ne sait plus quoi faire, et devant le difficile équilibre que l’on cherche entre le tout répressif et la rééducation, j’ai la faiblesse de penser que cela mérite réflexion, et qu’au fond, si l’on remettait Victor Hugo au goût du jour, on devrait plutôt dire « amenez l’école de vie dans la prison, vous clôturerez bien des parcours désastreux de délinquance »…

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