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Racisme, de quoi parle-t-on ?

S'il est un sujet sur lequel tout le monde a son mot à dire ces dernières décennies, en France et ailleurs, c'est bien le racisme. Que n'a-t-on entendu parler de sujets liés à cette thématique de manière régulière, par des intervenants provenant de sphères intellectuelles/culturelles/ethniques très différentes. On a ainsi, dans ce grand élan, vu naître des notions très différentes au cours du temps, telles que le racisme anti-noir, le racisme anti-arabe, le racisme anti-femmes, le racisme anti-jeunes, le racisme anti-asiatique, le racisme anti-blanc, le racisme anti-juif (plus connu sous la désignation "antisémitisme"), le racisme anti-musulman, le racisme anti-chrétien, le racisme anti-homosexuels, l'un des derniers nés étant le racisme anti-végan (si si !).

A peu près tout le monde a eu droit à son racisme, et il ne serait pas étonnant dans les années qui viennent de voir naître des notions telles que le racisme anti-animal, et pourquoi pas anti-arbres ou anti-cailloux... Sous l'apparente ironie de mon propos, il est possible que ces notions d'apparence farfelue aujourd'hui deviennent des réalités de demain. Qui aurait pu croire à une notion de racisme anti-végan dans les années 60 ?


 

A des degrés divers de perception et de sensibilité par rapport au sujet, on peut à peu près tous tomber d'accord que devant pareil constat, il serait grand temps de faire le ménage autour de ce mot qui est devenu l'un des centres incontournables de la pensée politique et sociétale de la plupart des contrées de ce monde. Lorsqu'un mot pareil se met à être utilisé à des fins aussi différentes, le risque est qu'il soit vidé complètement de toute signification, et que tout combat vraiment important qui s'y rapporte ne tombe dans l'insignifiance à force de confusion. Nous pouvons tous à peu près tomber d'accord sur le fait qu'un crime haineux à caractère raciste est d'une gravité bien plus élevée que des blagues potaches sur les végans par des sobriquets tels que "mangeurs d'herbe" ou autres. Quoique, certains, biberonnés depuis leur plus tendre enfance au risque de retour de la bête immonde, en viennent à penser que ça commence par des moqueries, et ça finit par des exterminations...


 

Si nous tentons humblement de faire un grand ménage autour de ce mot, il faut revenir aux sources et mener une enquête minutieuse, qui commence par un des outils les plus accessibles qui existe à notre disposition : le dictionnaire. Je me suis donc plongé dans mon petit Larousse en couleurs illustré. Voici ce qui en ressort :


 

Racisme : 1. Idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les "races" ; comportement inspiré par cette idéologie. 2. Attitude d'hostilité systématique à l'égard d'une catégorie déterminée de personnes. Ex : Racisme anti-jeune


 

Puisque cette définition renvoie au mot "race" avec les guillemets, allons voir ce à quoi cela se rapporte :


 

Race : I.1. Chacune des trois grandes subdivisions de l'espèce humaine en Jaunes, Noirs et Blancs. 2. Subdivision d'une espèce animale. II.1 Ensemble des ascendants ou descendants d'une famille. 2. Ensemble des personnes présentant des caractères communs et que l'on réunit dans une même catégorie.

La diversité humaine a entraîné une classification raciale sur les critères les plus immédiatement apparents : leucodermes (Blancs), mélanodermes (Noirs), xanthodermes (Jaunes). Cette classification a prévalu, avec diverses tentatives de perfectionnement dues à l'influence des idées linnéennes, tout au long du XIXème siècle. Les progrès de la génétique conduisent aujourd'hui à rejeter toute tentative de classification raciale.


 

Voici qui est des plus intéressants. Le racisme, selon sa première définition, est basé sur une croyance de subdivision et de hiérarchie entre groupes humains, mais cette division n'existe pas. La seconde définition, elle, renvoie à la possibilité d'un racisme anti-jeune, au même titre qu'une hostilité à l'égard de n'importe quel groupe de personnes.


 

Rien que dans ces deux définitions, il s'agit déjà de faire le ménage. Commençons par la première.


 

On nous dit donc que les races n'existent pas. Lorsqu'on se renseigne sur cela, on constate qu'en effet, les milieux scientifiques penchent majoritairement vers le rejet d'une telle classification, par le fait qu'il existe un continuum entre les apparences physiques des personnes.

Comprenons nous bien, un blanc blond va plus ressembler à un autre blanc blond qu'à un noir d'Afrique de l'ouest ou à un asiatique du sud est aux yeux bridés, un asiatique du sud est aux yeux bridés va plus ressembler à un autre asiatique du sud est aux yeux bridés qu'à un noir d'Afrique de l'ouest ou à un blanc blond, un noir d'Afrique de l'ouest va plus ressembler à un autre noir d'Afrique de l'ouest qu'à un blanc blond ou un asiatique du sud est aux yeux bridés. Dire le contraire serait tout de même d'une grande malhonnêteté intellectuelle.

Néanmoins, et si l'humanité n'avait que ça à faire, on pourrait s'amuser à former une grande chaîne humaine de la population terrestre entière avec par exemple à un bout de la chaîne un noir d'Afrique de l'ouest et à l'autre bout un asiatique du sud est aux yeux bridés, et passer d'un humain de la chaîne à son voisin immédiat en en se disant à chaque fois "ils sont du même groupe ethnique". Notre perception immédiate ne verrait pas de différence immédiate, mais petit à petit, la peau s'éclaircirait ou foncerait, les yeux s’effileraient, le nez prendrait une forme plus ou moins allongée, les cheveux fonceraient ou s'éclairciraient. Par ce processus, on verrait de manière visuelle qu'il y a un continuum physique, confirmé par l'immense majorité des généticiens, qui ont traduit dans le patrimoine génétique cette sorte de "jeu".


 

Scientifiquement, donc, les races n'existent pas. Malgré tout, dans des pays comme les Etats-Unis ou le Royaume Uni, la notion de race est tout à fait officielle et acceptée par l'immense majorité des citoyens, et elle est même institutionnalisée sur les papiers administratifs. Ces pays là nient-ils ce que proclament la majorité des scientifiques de nos jours ? Pas vraiment en fait, car dans ce cas la notion de race n'est pas du tout scientifique, mais elle est plus liée à l'apparence. On peut débattre 150 ans, il n'empêche qu'un blanc est blanc, un noir est noir, un asiatique aux yeux bridés est un asiatique aux yeux bridés. Ces pays ont adopté un simple principe de réalité basé sur ce que l'on voit.

Mais pourquoi alors se baser plus sur des aspects physiques tels que la couleur de peau, la texture des cheveux ou la forme des yeux que sur la couleur des cheveux, la taille des pieds ou la largeur des épaules ? La réponse coule de source quand on jette un œil sur l'histoire de ce monde. Il y a encore 600 ans, les blancs vivaient quasiment tous en Europe, les noirs vivaient quasiment tous en Afrique, les asiatiques aux yeux bridés vivaient quasiment tous en Asie du Sud Est, les arabes vivaient quasiment tous au Moyen Orient et au Maghreb, etc etc. Depuis, la multiplication des échanges, les migrations, les traites esclavagistes, les colonisations diverses et les récentes vagues d'immigration ont amené un brassage de populations qui ne vivaient pas ensemble auparavant, et qui ne vivaient pas de la même manière, et qui ont très naturellement eu quelques difficultés à se mélanger et à vivre entre eux. On peut trouver ça dommageable lorsqu'on a une forte conscience humaniste, mais c'est la très crue réalité humaine.

Flux migratoires récents

Flux migratoires récents

A l'inverse, des gens de largeurs d'épaules différentes, de couleurs de cheveux différentes, de longueurs de pied différents, vivaient sur de mêmes territoires pendant des millénaires, ce qui nous amène sans même nous en rendre compte à ne pas différencier les gens de cette manière là.


 

De base, donc, aux Etats-Unis, au Royaume Uni, mais finalement dans l'immense majorité des pays du monde, on ne raisonne pas en terme de race scientifique, mais en terme d'apparence. A partir du moment où l'on dit que les blancs existent ou que les noirs existent ou tout autre groupe d'apparence physique, alors on admet implicitement que les races existent, au sens de l'apparence. Dans des pays comme la France, le terme "race" nous gène , et nous utilisons donc des contorsions incroyables pour désigner cela. On utilise "ethnie" ou "phénotype", mais pour dire exactement la même chose.


 

D'où vient donc cette idéologie de hiérarchisation entre groupes humains répartis en races scientifiques, dont nous parle la première définition du dictionnaire ? Il faut replonger dans une période qui va du XIXème siècle au milieu du XXème siècle pour le comprendre. Le XIXème siècle est celui de l'explosion des découvertes scientifiques, et entre autres choses la découverte des théories de Charles Darwin sur l'évolution. Par ses études, Darwin a explicité l'idée selon laquelle nous serions le résultat d'évolutions étalées sur des millions d'années, qui nous auraient fait diverger de nos ancêtres et de nos "cousins". "L'Homme descend du singe" est une affirmation erronée et faussement attribuée à Darwin. En fait, il affirme que l'Homme et le singe ont un ancêtre commun. A l'époque de cette toute jeune science, on a alors pensé très tôt qu'il devait y avoir des formes intermédiaires entre un ancêtre qui aurait ressemblé au singe et aux Hommes tels que nous les connaissons aujourd'hui. Cette théorie intermédiaire (qui s'est avérée fausse par la suite) suggérait qu'il y avait dans l'évolution un chaînon manquant, c'est à dire une espèce intermédiaire entre cet ancêtre proche du singe et l'Homme actuel. Certains, dans une époque particulière, on alors pensé que l'Homme noir était ce chaînon manquant, qui aurait peu évolué entre temps. Ce concept, qui nous choque aujourd'hui, a fait long feu, mais a marqué toute une génération de généticiens et de scientifiques de l'évolution qui, sans animosité aucune vis à vis des noirs, mais avec un sentiment de domination ethnique qui prévalait en ces temps de supériorité européenne en terme de technologie et de puissance militaire, avaient alors influencé les pensées de l'époque sur "l'état des lieux des races dans le monde". Le Blanc était supérieur au Jaune qui était supérieur au Noir.

En vérité, ce sentiment avait déjà pris racine avant, et avait été symbolisé par la fameuse controverse de Valladolid en 1550, débat provoqué par la volonté de Charles Quint, pour savoir si les espagnols avaient moralement le droit de coloniser les terres amérindiennes et dominer les peuples sur place et leurs pratiques "barbares" aux yeux des colons. On interrogeait surtout le caractère humain des amérindiens. Suite à ce débat, les indiens ne purent plus être réduits en esclavage et la traite transatlantique fut généralisée pour apporter la main d'oeuvre esclavagisée aux Amériques. Les amérindiens avaient eu droit à être considérés comme des êtres humains dignes de ne pas être réduits en esclavage, mais les africains sub-sahariens n'avaient pas eu cette chance...


 

Ne nous y trompons pas, l'immense majorité des personnes en Europe (du moins celles qui avaient connaissance de l'existence de populations autres) pensaient ainsi au XIXème siècle. Dans "La guerre des Mondes" d'H.G. Wells, il est dit au tout début du livre "Avant de les juger trop sévèrement [les martiens], il faut nous remettre en mémoire quelles entières et barbares destructions furent accomplies par notre propre race, non seulement sur des espèces animales, comme le bison et le dodo, mais sur les races humaines inférieures.". H.G. Wells était farouchement anti-colonialiste et très humaniste. Il était malgré tout raciste au sens de la première définition. Aucune animosité, mais un sentiment naturel de supériorité absolument non belliqueux (bien au contraire même).


 

Ce bouillonnement de classification raciale fit des émules et se propagea même jusqu'aux juifs, qui commencèrent à être définis en tant que peuple, puis en tant que race, à la fois sous l'influence de la montée des idées sionistes (il fallait créer le mythe du peuple juif descendant des hébreux ayant vécu en Israël) et des idées antisémites (les juifs étaient vus comme une population à part, tellement à part qu'au moyen âge on leur prêtait des vices bizarres, comme le fait d'avoir des vers dans la bouche ou autre sorcellerie de ce genre...). Les tziganes et les slaves, dans l'esprit d'Hitler, furent également classés comme des populations ne pouvant pas rester sur l'espace vital qu'il promettait à son peuple. La seconde guerre mondiale, avec son lot de morts, de souffrances et de destructions, allait sonner le glas de ces idées scientifiques de classification raciales, qui, si elles n'étaient pas à l'origine de la guerre, lui donnèrent un tour particulier. Quelques décennies plus tard, c'en était quasiment fini de l'idée de la race en tant que réalité scientifique.


 

Aujourd'hui, à part 2-3 avinés de comptoir, il n'y a plus en France de personne pensant que l'humanité se divise scientifiquement en races et que l'on peut les classer. Lorsqu'un individu dit à un autre individu "sale noir" ou "sale blanc" ou "sale arabe" ou "sale jaune", il ne se dit pas en même temps dans sa tête "je fais partie d'une race qui est mieux classée biologiquement que la race de la personne qui est en face de moi, et du coup, je vais pouvoir me permettre de l'insulter". Par contre, certaines personnes vont considérer que leur "race" est supérieure à d'autres "races", qu'ils sont "plus intelligents qu'eux", sans pour autant mettre des théories scientifiques derrière.


 

Pour les besoins de la suite de l'article, et afin de pouvoir s'y retrouver, nous allons nommer ce racisme "racisme de type 1".

Aujourd'hui, nous avons affaire, du moins en France et dans une bonne partie des nations occidentales, à un racisme qui correspond plus souvent à la deuxième définition : " Attitude d'hostilité systématique à l'égard d'une catégorie déterminée de personnes". Le dictionnaire précise comme exemple l'idée du racisme anti-jeunes. C'est intéressant, car ne correspondant absolument pas à l'idée que se font la majorité des gens de ce qu'est le racisme. Pour l'immense majorité des gens, le racisme, c'est quand quelqu'un d'une certaine ethnie (pas race, puisque le mot dérange en France) a une attitude d'hostilité vis à vis d'une personne d'une autre ethnie. Si l'on étend ce concept à tout type de catégorie de personne, alors nous pouvons parler de quantités de racismes possible : les bouchers sont une catégorie de personnes, les artisans aussi, les aviateurs, les médecins, les avocats, les collectionneurs de timbres, les gens de droite, les gens de gauche, etc etc. Ce n'est pas si ridicule au fond, vu qu'il existe des rassemblements et des congrès de ce type de personnes (des congrès de médecins, des associations de collectionneurs de timbres...).


 

Appelons ce racisme énoncé dans la deuxième définition "racisme de type 2". Et maintenant, accrochons nous, car nous allons prendre le dictionnaire au mot et dérouler la logique sous-jacente, ce qui paraîtra par moment tout à fait saugrenu au lecteur.


 

Il parait utile, pour la suite de ce texte, de distinguer encore deux sous catégories de ce racisme énoncé dans cette deuxième définition :

- le racisme correspondant à une attitude d'hostilité vis à vis d'une ethnie autre, cette ethnie étant définie par la localisation géographique des populations il y a au moins 600 ans. Ces ethnies peuvent donc être réparties entre blancs, noirs, asiatiques du sud est, indo-pakistanais, arabes, amérindiens, populations du pacifique (aborigènes, fidjiens, pascuans...) et encore d'autres. Nommons le racisme de type 2.1 (oui oui, numérotons gaiement, je vous avais dit que ça deviendrai saugrenu...).

- le racisme concernant d'autres catégories de personnes, qu'elles soient liées à des caractères physiques autres (couleur des cheveux, taille, largeur d'épaule), et qui ne correspondent donc pas à une localisation géographique dans l'histoire, ou qu'elles soient liées à des caractères plus culturels ou idéologiques (religion, idées politiques, profession, sexe, âge). Nommons le racisme de type 2.2.


 

Cette distinction paraît importante. La première sous-catégorie correspond à celle qui découle naturellement de la première définition : même si l'on soutient que les races n'existent pas scientifiquement, on perçoit bien leurs existences aux yeux des gens, quitte à utiliser un autre mot pour les désigner (ethnies, phénotypes). Il faut bien utiliser un mot pour désigner le fait qu'il y ait des noirs, des blancs, des asiatiques aux yeux bridés... Ce racisme est donc une attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes que nous percevons comme faisant partie d'une autre "race".


 

La seconde sous-catégorie pourrait encore être déclinée en quatre sous-sous catégories (accrochez vous un peu plus...) :

- celle concernant l'attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes ayant un trait physique particulier qui est subi, mais autre que ceux faisant partie de la première sous catégorie. On pourrait donc inclure les caractéristiques sexuelles, d'âge, de taille, de couleur de cheveux, de largeur d'épaules. Nommons la racisme de type 2.2.1.

- celle concernant l'attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes ayant un trait physique particulier qui est non subi (personnes s'habillant d'une manière particulière, se maquillant d'une manière particulière, se tatouant, s'implantant des piercings...). Nommons la racisme de type 2.2.2.

- celle concernant l'attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes caractérisées par un trait non physique et non choisi (nationalité, timbre de voix, origine sociale...). Nommons la racisme de type 2.2.3.

- celle concernant l'attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes caractérisées par un trait non physique et choisi (profession, religion, idéologie, affiliation politique...). Nommons la racisme de type 2.2.4.


 

Cette classification un peu mathématisée peut prêter à sourire mais elle est nécessaire afin de bien savoir de quoi nous parlons aujourd'hui. Résumons les choses, on pourrait parler de 6 catégories de racisme, si on suit les définitions du dictionnaire et la logique précédente :

- Racisme de type 1 : Idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hirérarchie entre les groupes humains, les "races" ; comportement inspiré par cette idéologie.

- Racisme de type 2.1 : Attitude d'hostilité vis à vis d'une ethnie autre, cette ethnie étant définie par la localisation géographique des populations il y a au moins 600 ans (blancs, noirs, asiatiques du sud est, indo-pakistanais, arabes, amérindiens, populations du pacifique et autres...).

- Racisme de type 2.2.1 : Attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes ayant un trait physique particulier qui est subi, mais autre que ceux faisant partie de la première sous catégorie (caractéristiques sexuelles, d'âge, de taille, de couleur de cheveux, de largeur d'épaules, handicap...).

- Racisme de type 2.2.2 : Attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes ayant un trait physique particulier qui est non subi (personnes s'habillant d'une manière particulière, se maquillant d'une manière particulière, se tatouant, s'implantant des piercings...).

- Racisme de type 2.2.3 : Attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes ayant un trait non physique et non choisi (nationalité, timbre de voix, origine sociale, orientation sexuelle...).

- Racisme de type 2.2.4 : Attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes caractérisées par un trait non physique et choisi (profession, religion, idéologie, affiliation politique...).


 

Déjà, au niveau de ce texte, certains se mettront sûrement à s'interroger et à se dire qu'on nage dans le grand n'importe quoi. "Du racisme anti voix aïgue ? Non mais il a fumé quoi, lui ?...". Et bien... oui, c'est effectivement du grand n'importe quoi, bien que ce soit purement issu du dictionnaire et de la logique. Nous allons y venir petit à petit.


 

Maintenant que ces racismes sont répartis en 6 grandes catégories, penchons nous dessus. On saisit bien que le racisme que l'on connait, auquel on pense lorsqu'on en parle, est celui qui correspond au racisme de type 1 ou au racisme de type 2.1. On est tous d'accord pour dire que lorsqu'un blanc dit à un noir "sale noir", c'est du racisme. Par contre, on écarquillerait les yeux si on nous parlait de racisme anti large d'épaules (type 2.2.1), de racisme anti tatoués (type 2.2.2), de racisme anti voix aigue (type 2.2.3) ou de racisme anti libéral (type 2.2.4). Le racisme de type 1, lui, existe certes encore, mais il change de nature, pour aller vers le "ils sont moins biens que nous", s'affranchissant d'une tutelle scientifique.

Nous pouvons déjà percevoir que derrière les définitions du dictionnaire se cachent des réalités tout autres, même si elles sont de facto valables du strict point de vue des définitions. Il est vrai que nous avons entendu parler ces dernières décennies de tout un tas de racismes de type 2.2, dont la variété va croissant. Pourquoi ? Il faut sûrement chercher les raisons profondes dans ce qui est advenu dans la première moitié du XXème siècle, lorsque les juifs ont commencé à être classés dans une catégorie raciale à part entière, sous l'impulsion de penseurs sionistes et antisémites. Les événements de la seconde guerre mondiale ayant été ce qu'ils ont été, cette première moitié de XXème siècle aboutit alors à une double transformation du concept de racisme : la transformation d'un sentiment de supériorité vis à vis d'autre supposées "races" biologiques mais non-forcément accompagné d'un sentiment d'hostilité (cas typique des épisodes colonisateurs ou précédemment d'esclavage, qui, même si ils avaient abouti à des malheurs bien réels, n'étaient pas motivés par des sentiments haineux mais des sentiments de domination, ce qui est tout à fait différent) à un sentiment d'hostilité vis à vis d'autres "races", mais qui n'étaient plus tout à fait des "races" au sens de la perception physique, celle-ci étant remplacées par un caractère religieux et culturel. Le simple fait que les juifs aient eu à porter une étoile jaune montre qu'ils ne pouvaient pas être perçus immédiatement comme faisant partie d'une autre "race". Le seul problème, c'est que les juifs constituent effectivement un groupe de personne strictement religieux. Les études génétiques et historiques récentes montrent que les juifs ne descendent pas des hébreux, ou du moins de manière très faible, et que la population juive mondiale actuelle n'est quasiment constituée que de descendants de convertis, européens pour la plupart. Pendant longtemps, contrairement aux croyances, le judaïsme fut une religion prosélyte sous l'empire romain, concurrençant en cela le christianisme. Ce ne fut que sous la montée du judaïsme talmudique et de l'avènement du christianisme comme religion d'Etat que ce caractère prosélyte disparut. D'autres cas spectaculaires de conversions eurent lieu comme par exemple dans l'empire Khazar (conversion officielle au IXème siècle, et dont descendent une grande partie des juifs ashkénazes).


 

C'est donc dans la deuxième moitié du XXème siècle que le racisme se translata quelque peu du type 1 vers le type 2, avec la particularité qu'il contenait en son sein un racisme particulier, l'antisémitisme, qui concernait cette fois-ci une population uniquement définie par sa caractéristique religieuse. La porte était donc ouverte au racisme de type 2.2.4. Car en effet, si on peut attribuer aux juifs le "droit" d'être victimes de racisme, pourquoi les autres religions n'y auraient pas "droit" ? Et si des religions y ont droit, alors que par définition elles ne se caractérisent pas par un trait physique subi, pourquoi des catégories de populations ayant pour le coup un caractère physique subi (jeunes, femmes,...) ne pourraient pas prétendre à pouvoir être victime de racisme ?

Les événements de la seconde guerre mondiale et les décennies qui ont suivi ont également, de manière quasi inégalée dans l'histoire, monté au pinacle la notion de victime. Etre une victime, c'est avoir un statut, une reconnaissance, l'oreille des médias et parfois des droits (des droits à une compensation financière, à une discrimination positive à certains endroits comme aux Etats-Unis). Et comme l'hostilité envers les juifs pendant la seconde guerre était classée comme étant du racisme, il fallait se caler sur ce modèle pour interpeller émotionnellement de la meilleure manière possible. Les autres catégories suivirent. Arabes, noirs, musulmans, chrétiens, femmes, jeunes. Derrière toute idée de racisme anti XXX, on peut abattre l'atout absolu : le soupçon de retour aux années 30, et de toutes les horreurs qui ont suivi. Voilà pourquoi on préfère parfois parler de racisme anti femme que de misogynie, ou de racisme anti-musulman que d'islamophobie, ou de racisme anti-chrétien que de christianophobie. Le racisme, ça "claque" plus, ça interpelle mieux. C'est le Graal absolu.


 

Et c'est là qu'il y a grand danger. Lorsqu'on met derrière un même mot plusieurs phénomènes qui n'ont pas les mêmes implications et les mêmes réalités, on finit par dénaturer tout. Je vais sûrement provoquer des hauts le cœur, mais une hostilité vis à vis d'un groupe ethnique est plus grave qu'une hostilité vis à vis d'un groupe religieux par exemple. Dans le premier cas, le trait est subi. Dans l'autre, il est choisi. Dans le premier cas, on n'y peut rien. Dans le second cas, on adopte des coutumes et des traits qui peuvent ne pas convenir à tout le monde, mais c'est le résultat d'un choix. Précaution de mise : je parle bien en relatif et non pas en absolu. Agresser par exemple quelqu'un parce qu'il est d'une autre religion est inacceptable, cela va de soi.


 

Soyons pragmatiques et lucides :

- Le racisme de type 1 : (Idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les "races" ; comportement inspiré par cette idéologie) et le racisme de type 2.1 (Attitude d'hostilité vis à vis d'une ethnie autre, cette ethnie étant définie par la localisation géographique des populations il y a au moins 600 ans) sont de manière pratique des racismes. Ils sont sémantiquement, de par leur racine "race", liés à ce qu'on considère comme des "races", même si on rejette le mot en France.

- Racisme de type 2.2.1 (Attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes ayant un trait physique particulier qui est subi, mais autre que ceux faisant partie de la première sous catégorie) est un peu à la limite. Certaines catégories (larges d'épaules...) ne peuvent pas pragmatiquement relever d'un quelconque racisme. Ça se discute pour d'autres. Les roux, par exemple, peuvent parfois être objet de moqueries et de rejets. Les handicapés subissent souvent une prise en charge insuffisante par la société, mais on parlerait plus de manque d'humanité, pas de sentiment d'hostilité. Globalement, la question peut se poser, mais sans nier les phénomènes, on pourrait aisément trouver des moyens de les qualifier sans passer par la case racisme.

- Le racisme de type 2.2.2 (Attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes ayant un trait physique particulier qui est non subi) est tout simplement ridicule par le simple fait de l'imaginer. Parler de racisme envers quelqu'un qui déciderait de s'habiller en costume deux pièces jaune et vert ou envers quelqu'un qui porterait des piercings... Bof, parlons d'hostilité, plutôt.

- Le racisme de type 2.2.3 (Attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes ayant un trait non physique et non choisi) : il y a très souvent des mots pour qualifier cela. Homophobie, xénophobie, mépris de classe. Pourquoi vouloir absolument mettre ces catégories dans le racisme ? Surtout qu'elle relèvent de phénomènes très différents.

- Racisme de type 2.2.4 : Attitude d'hostilité systématique à l'égard de personnes caractérisées par un trait non physique et choisi (profession, religion, idéologie, affiliation politique...) ne peut décemment pas relever d'un quelconque racisme. Parler de racisme anti-chrétien ou anti-musulman a autant de sens que de parler de racisme anti-communiste ou anti-libéral, c'est à dire aucun. Et on peut dire tout simplement christianophobie ou islamophobie.

Au final, les racismes de type 1 et 2.1 sont pragmatiquement les seuls qui puissent être acceptés quasiment par tous comme étant des "vrais racismes", car portant au final sur cette subdivision que nous avons tous dans nos têtes plus ou moins consciemment : celle de la répartition géographique des individus sur la planète il y a environ 600 ans.


 

Il y aura toujours des personnes pour ne pas être d'accord avec cette restriction du racisme à celui de type 1 et de type 2.1. Néanmoins, il faudra alors alors assumer :

- Si le racisme anti femme existe, alors le racisme anti roux existe aussi. On peut tout simplement parler de misogynie.

- Si le racisme anti punk existe, alors le racisme anti costard cravate existe aussi.

- Si le racisme anti homosexuels existe, alors le racisme anti voix-aiguë ou anti voix-grave existe aussi. On peut parler plus simplement d'homophobie.

- Si le racisme anti chrétien, anti musulman ou anti juif existe, alors le racisme anti communiste ou anti libéral existe aussi. On peut parler plus simplement de christianophobie, d'islamophobie ou d'anti-sémitisme. J'ai conscience que cela peut choquer que je récuse l'emploi du terme racisme pour désigner l'antisémitisme ou l'islamophobie, mais pourtant, comme dit précédemment, l'hostilité à l'égard des juifs ou des musulmans n'a pas plus de teneur "raciale" que l'hostilité à l'égard des chrétiens que nous avons pu constater au travers de l'histoire. On peut être choqué par l'hostilité systématique envers un groupe de personne en raison de sa religion, ce n'est pas une raison pour tamponner le mot "racisme" dessus.


 

Le parti pris de ce texte est assumé, car en effet j'opère une restriction tout à fait personnelle par rapport à une définition donnée dans un dictionnaire qui fait référence. Néanmoins, j'estime qu'il est plus que temps de clarifier ce terme et de cesser de le galvauder (ce qui a au final pour effet de donner à des phénomènes très différents un statut égal).


 

Si nous acceptons cette restriction et que nous la fixons de cette manière, nous pouvons également constater que certains veulent depuis quelques années aller encore plus loin et ne garder l'utilisation du mot racisme que pour des hostilités bien particulières, en particulier dans les contrées occidentales. Il y a une dizaine d'années que beaucoup de personnalités s'écharpent ainsi sur l'existence ou non du racisme anti-blanc. Ce mot est sorti de manière franche lors des manifestations contre le CPE proposé par Dominique de Villepin en 2006. Des bandes délinquantes composées principalement de non-blancs avaient alors attaqué les cortèges de manifestants principalement composés de blancs, et les langues s'étaient alors déliées, par l'entremise principalement de personnalités telles qu'Alain Finkielkraut.


 

Depuis, ce sujet est revenu sous la pression de groupes politiques principalement de droite ou d'extrême droite, et la réaction ne s'est pas faite attendre, avec des dénégations de ce type de racisme par des associations telles que le Parti des Indigènes de la République (PIR). Pour la faire courte, les "lanceurs d'alerte" du racisme anti-blancs dénonçaient les insultes et les agressions physiques dont pouvaient être victimes les blancs parce que blancs, et les dénégateurs insistaient sur le fait que le "vrai racisme" n'était pas celui des agressions physiques ou verbales localisées dans le temps ou l'espace, mais dans les discriminations perpétuelles dans le temps, dont les blancs ne pouvaient être victimes.

Tiens donc, une nouvelle restriction du racisme ? Pour comprendre cela, nous devons remonter en arrière, dans les années 50. Et nous devons changer de continent pour aller aux Etats-Unis, rencontrer un activiste noir nommé Stokely Carmichael.


 

Né à Port-d'Espagne (Trinité-et-Tobago), Stokely Carmichael est venu aux Etats-Unis avec sa famille à l'âge de onze ans. Il participe très tôt aux "Freedom Rides" (des actions de militants du mouvement des droits civiques aux États-Unis qui consistaient à utiliser des bus inter-États pour tester l'arrêt de la Cour suprême qui rendait illégale la ségrégation dans les transports. Même si les freedom riders ne pratiquaient pas la désobéissance civile car ayant le droit de ne pas obéir aux lois ségrégationnistes du Sud des États-Unis, ils étaient quasi systématiquement arrêtés par les autorités locales des Etats du Sud).

Stokely Carmichael lors d'un discours sur les droits civiques

Stokely Carmichael lors d'un discours sur les droits civiques

Stokely Carmichael est à l'origine du concept de racisme institutionnel. Le racisme institutionnel (ou encore racisme structurel ou racisme systémique) est une forme de racisme rencontrée dans les institutions publiques, les entreprises ou les universités. À la fin des années 1960, il définit ce terme comme "l'incapacité collective d'une organisation à procurer un service approprié et professionnel à des individus en raison de leur couleur de peau, de leur culture ou de leur origine ethnique.".


 

Le concept de racisme institutionnel présentait ainsi l’intérêt de souligner que le racisme ne se limitait pas à une idéologie exprimée ou à des actions visiblement racistes mais imprégnait aussi le fonctionnement "aveugle" des institutions, fonctionnement qui reproduisait silencieusement les inégalités ethniques.


 

Stokely Carmichael insistera ainsi par exemple sur le fait qu'il était plus désolé encore de voir les siens dans une pauvreté extrême sans accès aux services primaires tels que l'eau ou la santé que par les violences dont ils pouvaient être victimes, et que les dégâts causés par ce "racisme sournois et caché" étaient bien plus importants que ceux causés par des agressions ponctuelles ou individuelles. Il faut bien se replonger dans l'époque concernée, dans une Amérique où les états du Sud possèdent pour la plupart des lois ségrégationnistes, où les bus municipaux avaient le droit de réserver les sièges de devant aux blancs et mettre les noirs à l'arrière. Les lois ségrégationnistes sont interdites en 1964, et les interdictions de mariages mixtes sont abolies en 1967. Martin Luther King est assassiné en 1968. En bref, la société américaine des années 60 commence tout juste à initier dans la douleur un mouvement qui passe d'un maintien des noirs au bas de la société par l'intermédiaire de la loi à une société qui va essayer de compenser les biais ethniques par des lois de discrimination positive. Initiées par John Kennedy, elles sont véritablement mises en oeuvre par Lyndon Johnson, son successeur. Elles visent à instaurer des quotas ethniques dans les universités et dans les entreprises d'une certains taille.


 

Néanmoins, des dispositions contre les noirs continuèrent à être mises en place de manière plus sournoise, notamment lors des deux mandats de Ronlad Reagan entre 1981 et 1989, où une guerre féroce contre la drogue fut mise en place. Seulement, la consommation de crack, drogue majoritairement consommée par les noirs, était bien plus pénalisée que la consommation d'héroïne, majoritairement consommée par les blancs.


 

Aujourd'hui, le bilan est mitigé, avec l’incontestable émergence d'une classe moyenne noire, mais avec un maintient très fort de quartiers noirs cumulant pauvreté, violence et chômage. Au cours des décennies qui suivirent, les théories de Stokely Carmichael étaient remises au goût du jour chez les sociologues américains, pour expliquer ce biais ethnique persistant, en insistant sur le caractère caché voire parfois même inconscient des comportement discriminants des blancs vis à vis des noirs. Le racisme institutionnel n'était plus vraiment l'apanage du pouvoir proprement institutionnel, mais de "la société", dominée par le groupe majoritaire : "les blancs". On lui prêtait alors plutôt le nom de "racisme systémique", plus adapté. Franchesca Ramsey, une jeune blogueuse américaine très suivie, a récemment vulgarisé ces notions dans des vidéos au fort retentissement, ce qui leur a donné une nouvelle visibilité.


 

Nous pourrions analyser ces concepts et leur pertinence dans la société américaine, mais il est malvenu de juger des affaires qui sont au fond strictement interne à ce pays, ce ne serait que grossière ingérence, et cette nation possède des rouages sociétaux bien spécifiques que nous ne pouvons que mal connaître si nous ne vivons pas sur place.


 

Ce qui est plus troublant par contre, c'est de voir que ces théories ont traversé l'atlantique pour s'implanter en France, par des voies très différentes, qu'elles soient universitaires ou politiques. Dans le milieu universitaire, le personnage le plus représentatif de cette transposition américaine au cas français est sans conteste Véronique de Rudder, chercheuse rattachée au CNRS, qui, dans les années 80-90, avait conceptualisé dans ses travaux le racisme comme un phénomène lié à la domination d'un groupe ethnique majoritaire sur des minorités. Sa définition était la suivante : "Le racisme est moins un ensemble de faits divers qu’un système où les dominants maintiennent même inconsciemment les dominés (les minorités ethnicisées) à l’écart de certaines ressources.". On retrouvait les notions théorisées par Stokely Carmichael plusieurs décennies avant.

Cette thématique des minorités dites "ethnicisées" (pour dire les "non blancs" dans le cas présent) subissant le racisme des "blancs", et subissant le seul "vrai racisme", a fait florès dans les associations anti-racistes de "nouvelle génération", comme le Parti des Indigènes de la République, qui prônent et revendiquent une non-assimilation, et qui pointent du doigt la société majoritairement blanche comme l'oppresseur, ce qui induit donc par définition que seuls les blancs, dans la société française, peuvent se rendre coupables de racisme.


 

On pourrait écrire des lignes et des lignes de ces théories d'un genre nouveau dans notre pays, et pour ceux qui se baladent un peu sur les réseaux sociaux ou dans tous types de médias, ils ont sûrement eu l'occasion de croiser quelque quidam proclamant tout de go que "le racisme anti-blanc n'existe pas". Sans avoir la prétention de réduire à quelques lignes des pavés qui ont été écrits sur le sujet, je pourrais résumer le raisonnement qui aboutit à cette affirmation par ceci :

a - Il y a deux types de racisme : (1) celui qui consiste à agresser ou insulter une autre personne en raison de sa couleur de peau ou de son appartenance ethnique, et (2) celui qui consiste à discriminer des gens à l'emploi, au logement ou aux contrôles de police, et ce de manière plus ou moins cachée.

b - Le racisme de type (1) est généralement appelé racisme individuel, et le racisme (2) est généralement appelé racisme institutionnel ou systémique.

c - Les non-blancs vont plutôt subir les deux types de racisme, individuel et systémique, dans le sens où ils vont pouvoir être parfois traité individuellement de sale XXX ou se faire agresser par des personnes d'autre couleur ou appartenance ethnique en raison de la couleur de leur peau ou de leur appartenance ethnique, mais ils vont aussi subir des discriminations.

d - Les blancs vont plutôt subir un racisme individuel (agressions ou insultes en raison de leur couleur de peau), mais ne subissent pas des discriminations raciales.

e - Les blancs sont donc "privilégiés" dans la société car ils ne subissent pas le racisme systémique, et sont donc les "dominants".

f - Etant dominants, les blancs ne peuvent donc être victimes de racisme, car ce serait tout aussi ridicule que de dire que les lions subiraient l'oppression des antilopes.

g - Les agressions ou insultes que peuvent subir des blancs de la part de non-blancs ne sont que des réactions à une oppression, en quelque sorte c'est l'antilope qui exprime son ras le bol contre la communauté des lions.

Cette théorie a étonnamment pris chez nombre de nos concitoyens et commence à se répandre comme une traînée de poudre. Pourtant, sous ses atours presque scientifiques, cette théorie s'avère bien curieuse lorsqu'on regarde de plus près le déroulement du raisonnement sous-jacent. Reprenons le depuis le début :


 

Le point (a) est une "subdivision" des racismes tout à fait intéressante et qui a priori mérite qu'on s'y attarde, car en effet le racisme peut comporter des formes assez différentes. L'idée de Carmichael n'était pas vaine et résultait d'une constatation tout à fait intéressante : les noirs américains subissaient non seulement des attaques et des agressions, mais aussi une relégation sociale très importante qui ne relevait pas d'agressions directes et actives, du moins pour la majorité d'entre eux.


 

Les points (c) et (d) pourraient être discutés dans les détails, car après tout, dans des commerces à forte imprégnation culturelle exogène, des patrons non-blancs d'origine du pays de la culture en question peuvent être tentés dans certains cas à recruter des membres de leur "communauté", ce qui exclut de fait les membres d'autres communautés, y compris les blancs (exemple : un restaurant indien qui n'embaucherait que des indiens). Néanmoins, ce phénomène reste marginal et avec a priori peu d'incidence sur les "blancs", donc on peut en première approximation considérer ces deux points comme valables.


 

La première erreur de raisonnement réside dans le point (e), car par un curieux truchement, le fait que les blancs ne subissent pas de discriminations raciales à l'emploi et au logement (ou très peu) fait d'eux des privilégiés. Or une fois encore, il s'agit d'une simplification à l'extrême d'un phénomène plus complexe, qui porte sur les discriminations en général. En effet, plusieurs catégories de personnes subissent des discriminations en France, dont certaines se recoupent : les femmes, les jeunes, les seniors, certains minorités ethniques, des personnes qui viennent d'endroits géographiques particuliers (les banlieues sensibles, non exclusivement peuplées de non-blancs contrairement à ce que certains peuvent croire), les personnes de petite taille, les gens laids (et oui...), etc etc. Il se trouve donc que dans l'ensemble de la population, dire que "les blancs" sont privilégiés est une réduction douteuse. Un blanc de 20 ans venant de Clichy sous bois, mesurant 1m45 et ayant un visage difforme subira lui aussi des discriminations, et il n'est donc nullement privilégié.


 

La deuxième erreur du point (d) est d'affirmer que les "privilégiés" (dont on voit donc qu'ils ne peuvent pas se réduire aux blancs, mais à des groupes possédant un ensemble de caractéristiques de sexe, d'ethnie, d'âge ou de physique particulier, ce qui leur donne certes un avantage, ne le nions pas), seraient du coup des "dominants". On ne sait par quel raisonnement quelqu'un qui possède des avantages sociologiques par rapport au reste de la population est un dominant. Au final, les gens qui dominent dans une société sont des gens qui sont dans des positions de décision et de pouvoir. Par exemple, un dirigeant d'entreprise est un dominant, mais sur son périmètre (salariés, ou même parfois certains de ses fournisseurs). Un décisionnaire politique est un dominant également, de même qu'un policier ou un juge. Or, on se rend compte que dans ces catégories, même si leur proportion est relativement faible par rapport à leur présence globale, il y a des non-blancs (de plus en plus présents dans la police d'ailleurs). A l'inverse, un homme blanc trentenaire de bonne composition physique habitant un quartier de la classe moyenne peut tout à fait occuper un poste moyennement rémunéré, sans aucune responsabilité et aucune personne à "dominer". Et s'il a l'occasion d'avoir à faire avec la justice, si le juge est noir ou arabe, il ne pourra pas échapper à ses décisions.


 

Bref, la corrélation non-discriminé racialement = dominant est complètement farfelue et ne repose sur aucun raisonnement valable, ni sur aucune réalité. Tout au plus, on peut dire que la majorité des personnes étant en position de domination en France sont blancs, mais :

- Même si leur présence est relativement faible (reconnaissons le), les non-blancs y sont également présents

- Parmi l'immense foule des personnes n'étant pas en position décisionnaire en France, il y a bon nombre de blancs également. Tous ceux qui prennent le métro régulièrement pourront constater de leurs propres yeux combien les hommes blancs sont fortement représentés dans les population qui mendient dans les rames.

Une vision quelque peu pyramidale de la société avec les blancs en haut et les non-blancs en bas est donc fortement erronnée.


 

Les points (f) et (g) sont presque aussi étonnants, tout d'abord bien sûr car l'on vient de voir que la réduction blancs = dominants est nulle et non avenue, et ensuite parce que si l'on revient à la définition du racisme que nous avons du dépoussiérer en début d'article, un blanc qui se fait casser la figure parce que blanc subit une "attitude d'hostilité vis à vis d'une ethnie autre, cette ethnie étant définie par la localisation géographique des populations il y a au moins 600 ans". Dire donc que le racisme anti-blanc n'existe pas n'a tout simplement aucune validité.


 

Ce qui est dommageable dans ces raisonnements totalement fallacieux, c'est qu'ils reposent néanmoins sur des intuitions vraies : le racisme, selon le groupe qui le subit et le groupe qui "l'assène", n'est souvent pas de même nature, n'a pas les mêmes origines et ne se combat pas avec les mêmes armes. Mais l'idéologisation politique de certains théoriciens les a poussé à vouloir prendre en otage la raison et la logique par une perversion des mots et une tentative de redéfinition de concepts pourtant définis par nos académiciens (même si on a pu voir qu'un coup de balai de cette définition est nécessaire).


 

En vérité, derrière cela, et surtout derrière la récupération de ces théories par les nouveaux anti-racistes, se cache une réalité tout autre.

En effet, dans les années 80, François Mitterand avait fait de la lutte contre le racisme une priorité politique de premier plan. Cela avait fait suite à la fameuse "marche des beurs", qui avaient manifesté leur volonté d'une société d'une société plus égalitaire et débarrassée du racisme. C'était la création de SOS Racisme, "Touche pas à mon pote" et de tous ces mouvements qui voulaient que les minorités ethniques soient mieux insérées et que les ratonnades cessent. On pourrait disserter longuement sur l'opportunisme du pouvoir de l'époque de se tourner vers cette lutte après avoir échoué sur le plan social (c'était le tournant de la rigueur), mais laissons ces considérations de côté, car beaucoup de choses ont été dites à ce sujet et ce n'est a priori pas le propos. Il est clair que certains acteurs de ces mouvements croyaient fermement et sincèrement à leur combat et rêvaient d'un monde meilleur.

Mais depuis, la société avait évolué, et si le racisme est bien entendu un phénomène à combattre, des voix ont commencé à se faire entendre dans la population majoritaire au fur et à mesure que les années passaient, car ayant l'impression que les seules choses qui intéressaient les associations anti-racistes de premier plan (SOS Racisme, LICRA, MRAP) était des agressions verbales ou physiques de blancs envers des non blancs ou des blancs juifs, et que les agressions racistes inverses (qui pourtant existaient) étaient niées et mises de côté.

La notion de "racisme anti-blanc" était donc plutôt d'origine populaire, de la part de populations ayant le sentiment, pour paraphraser des propos de piliers de comptoirs, que "eux on les défend, mais nous non". La reprise par les politiques et les personnages médiatiques ne tarda pas : Finkielkraut, Zemmour, Copé, etc...


 

D'un coup d'un seul, pour les anti-racistes les plus forcenés, on attaquait leur pré carré. La victime avait toujours été le non-blanc, et le blanc réclamait également ce statut. Il réclamait aussi d'avoir le droit d'être considéré comme une possible victime de racisme. Il y avait risque fort d'une sorte d'uniformisation du racisme, et donc de son caractère presque banal.


 

Et c'est là tout l'ironie de l'histoire, car en fait, avoir le droit d'être considéré comme victime de racisme est devenu un sésame, il est presque considéré comme le "privilège" de certaines populations par des mouvements politiques d'un genre nouveau. Les associations anti-racistes les plus forcenées ont donc bricolé à la hâte ces théories en puisant dans les travaux de Véronique de Rudder, afin de s'assurer de garder l’appellation de victime de racisme pour elles.


 

On en arrive du coup à des situations pour le moins cocasses : en août 2016, un "camp d'été décolonial" défrayait la chronique à Reims. Dans ce camp d'été, fortement porté par le PIR, des zones étaient réservées aux non-blancs, excluant de facto les blancs. Plusieurs médias et politiques s'étaient émus de cet événement, se rendant compte que des années de militantisme encouragé politiquement et faisant de la figure du blanc l'oppresseur absolu avait accouché d'un nouveau type d'anti-racisme qui ressemblait comme deux gouttes d'eau... à du racisme. Encore plus cocasse : deux mois après, Génération Identitaire, une association revendiquant une identité française chrétienne et blanche ouvrait un "bar identitaire" à Lille, où les non-blancs étaient de facto interdits d'entrée. Les deux séparatismes se faisaient ironiquement face.


 

Fort de ce constat, il va falloir que nous nous remettions tous en question : comment a-t-on pu en arriver là ? Quelles sont ces forces répulsives qui tendent jour après jour à séparer les français entre communautés et à faire voler en éclat le rêve républicain de la France une et indivisible ?


 

- Chez nos politiques (partis comme associations) d'abord : par opportunisme et électoralisme, beaucoup ont, après après année, voulu flatter les communautés. Or parler "à une communauté", c'est la reconnaître de facto. Vouloir la reconnaître en tant que communauté victime (que ce soit les minorités chez des associations ou même la majorité dans le discours du FN), c'est de facto la mettre d'un bloc dans le "camp des victimes de racisme" et mettre d'un bloc les "autres" dans "le camp des oppresseurs". La similitude entre les discours du Front National à propos des blancs victimes des non blancs et les discours d'activistes comme Rokhaya Diallo ou Sihame Assbague à propos des non-blancs victimes des blancs est tout à fait saisissante.


 

- Chez nos universitaires aussi, qui ont pour certains, que ce soit volontaire ou non, légitimé des discours désignant des communautés coupables et des communautés victimes, en donnant à cela un vernis scientifique. La dénégation du racisme anti-blanc a été leur pire erreur, et même si l'on peut discuter encore des années sur la réalité technique des travaux ayant abouti à ces conclusions, il faut bien constater que cette dénégation se heurte aux réalités : si un "petit blanc" agressé en raison de la couleur de sa peau voit qu'il n'est pas défendu comme étant victime de racisme mais que son voisin noir agressé en raison de sa couleur de peau va être défendu comme tel, il va avoir du ressentiment et il va retourner ce qu'il considère comme une injustice non pas contre les associations ou les juges, mais contre les minorités défendues. C'est une réaction certes basique mais de toute façon malheureusement très humaine. Et un universitaire, du haut de sa chaire, pourra lui sortir toutes les théories les plus élaborées sur le fait que le racisme anti-blanc n'existe pas, cela ne marchera pas. On ne fera que perdre l'adhésion d'une personne au combat anti-raciste, ce qui se retournera prioritairement contre... les non-blancs, ce qui est pour sûr fortement contre productif.


 

- Et n'ayons pas peur aussi de le dire, chez la population française dans son ensemble, qui n'a pas su faire entendre une voix différente et qui a cédé aux sirènes du repli communautaire et identitaire, ce qui est sûrement très humain mais qui casse l'idéal français, qui ne reconnait aucune communauté autre que la communauté citoyenne et nationale. Nos médias ont beaucoup joué dans ce jeu pervers : si un arabe est attaqué par un blanc, il va y avoir une grande tentation du "nous" et du "vous" : "vous" (les blancs), vous "nous" (les arabes) avez agressé. Si un blanc est attaqué par un arabe, il va y avoir également une tentation du "nous" et du "vous" : "vous" (les arabes), vous "nous" (les blancs) avez agressé.


 

En vérité, il faut sortir de cette vision angélique de la France qui ne doit pas être divisée. Oui, il faut que les français se divisent, mais pas dans le sens le plus tentant chez les groupes humains. Lorsqu'un arabe est agressé par un blanc pour raisons racistes ou qu'un blanc est agressé par un arabe pou raison raciste, les non racistes blancs et arabes doivent pouvoir parler d'une seule voix et dire que l'agresseur ne fait pas partie de la communauté nationale et citoyenne car il rompt le pacte républicain d'une France une et indivisible. De l'autre côté, division ne doit pas vouloir dire rejet. La main tendue pour revenir vers la communauté doit toujours être là. Cette division doit servir avant toute chose de limite claire.


 

Sans même aller jusqu'aux agressions, il faut tout simplement refuser de prendre parti pour les deux camps extrêmes qui se sont formés ces dernières années. Nous ne devons pas choisir entre le camp d'été décolonial et le bar identitaire, car ce sont les deux faces d'une même pièce. Ce n'est certes pas facile, mais il faut lutter contre nos tentations de défendre ceux qui nous ressemblent. La France doit pouvoir être un projet idéalisé de personnes ayant une réelle volonté de vivre ensemble, dans un pays qu'ils aiment et où les règles de vie en commun sont la norme.


 

Il faut également être capable de reconsidérer nos responsabilités individuelles et les responsabilités individuelles des autres. Un groupe ethnique, quel qu'il soit, n'a pas à porter la responsabilité des agissements d'un individu qui en fait partie, et il n'a pas à être solidaire d'un individu victime juste parce qu'il fait partie de sa communauté ethnique. Les attaques de Charie Hebdo ont donné lieu une nouvelle fois à des réactions en miroir : amalgame des "arabos-musulmans tous terroristes" vs amalgame des "blancs de culture chrétienne tous amalgameurs des premiers nommés". Nous n'avons pas à faire des contorsions autour des responsabilités de "la société" lorsqu'une personne passe à l'acte et commet un forfait qui cherche à porter atteinte à la cohésion du pays. Cette personne doit purger sa peine et être considérée comme ayant porté atteinte au pacte de cohésion nationale et citoyenne.

 

Représentation schématique de la tendance de division vs la division saine d'une société post raciale

Représentation schématique de la tendance de division vs la division saine d'une société post raciale

Pour finir, soyons également capables de redevenir pleinement français et de résister au tsunami d'américanisation de notre pensée. Ce concept de racisme institutionnel transposé au forceps à la société française ne fait partie que d'une longue liste de théories sociologiques venant des Etats-Unis ayant en commun un ennemi unique : l'homme blanc hétérosexuel cis-genre (comprendre non-transgenre) de culture chrétienne. Le vocabulaire qui accompagne ces théories n'est parfois même plus traduit pour être transposé à notre pays : "Whitesplaining", "Mansplaining", "Manterrupting", "Appropriation culturelle", Afro-féminisme",... Je laisse le lecteur se renseigner. On peut trouver ça très bien de vouloir s'attaquer à ces mythologiques "privilèges" énoncés peu avant, mais il ne faudra pas ensuite venir pleurer sur une société qui ne trouvera pas son avenir commun car elle aura cherché à dénigrer une partie de la population, qu'on la considère (à tort ou à raison) comme faisant partie du "haut du panier de la société".


 

Notre pays a plus de 1000 ans et une histoire remplie de penseurs exceptionnels dont certains ont changé la face du monde. Nous en sommes tous leurs héritiers. Ayons confiance en nous et en notre capacité à repenser notre nation et notre société.

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